Karaté - Budo  
  Eléments essentiels à la compréhension du karaté  
 

karaté

 
   
  >> Stage Luca Valdesi 27/11/2016 à Mons english français
Table des matières
Zen et karaté
 
  Introduction
  Histoire
  Styles de karaté
  Filiation des styles
  Objectifs du karaté
  Kihon, kata, kumité
  Principes physiques
  Analyse des kata
  Principes de combat
  Agression et stress
  Kumité en pratique
  Points sensibles
    Tête et cou
    Thorax et abdomen
    Membres
  Zen et karaté
    Japon et sacré
    Bouddhisme
    Zen
  Karaté et vide
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  Conclusions
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On relie souvent le karaté à la pratique du zen. D’où vient ce rapprochement avec cette pratique bouddhiste ? Qu’est-ce que le Bouddhisme et quel est sa place dans la culture japonaise?

1. Japon et croyances

Contrairement aux religions révélées comme le judaïsme, le christianisme et l’islam qui reposent sur le choix exclusifs de certaines croyances, l’univers religieux japonais est un mélange de croyances et de pratiques. Les japonais mélangent, sans complexe, shinto, bouddhisme, voie de yin et du yang, culte des ancêtres, confucianisme, christianisme, etc.

Sur 127 millions d’habitants, le japon compte environ 109 millions de shintoïstes, 96 millions de bouddhistes, 10 millions d’adeptes d’autres religions dont 1,5 millions de chrétiens, 45000 musulmans, etc. Un Japonais peut donc être attaché à un temple bouddhiste et à un sanctuaire shinto.

Le shintoïsme sans fondateur, sans dogme et sans code morale est une croyance très ancienne qui honore de nombreuses divinités appelées kami. Les kami sont des éléments de la nature comme le vent, le tonnerre, le soleil, la lune, les montagnes, la mer, une rivière, etc. Ils se réfèrent aussi à certaines personnes exceptionnelles considérées comme des dieux. Le shintoïsme, profondément ancré dans la société japonaise, invite à ne pas rompre le pacte entre l’homme et la nature. Cette vision explique, sans doute, la sensibilité écologique des japonais.

Le bouddhisme a été introduit au japon au VIème siècle et fut d’abord une sorte de religion aristocratique surtout associée au moment de la mort et au culte des ancêtres. Le bouddhisme au japon accorde une grande importance au zen. Le zen est centré sur la méditation. Celle-ci a pour objectif d’obtenir un état spirituel particulier appelé « satori » qui permet d‘apprécier la réalité du monde. Le mélange entre le shintoïsme et le bouddhisme est apparu très tôt. Ainsi les bouddhas ont été perçus comme des kami bienveillants et les kami ont été assimilés à des avatars de bouddhas.

Le confucianisme d’origine chinoise a été introduit au japon au Vème siècle. Il s’y est développé essentiellement comme une philosophie politique qui prône l’harmonie sociale, la loyauté, l’obéissance et le respect des traditions.

Au final, les japonais ne sont pas des fanatiques religieux. Toutefois, ils sont friands d’éthique, de sacré, de rituels et de fêtes qui soulignent les moments importants de leurs vies et rythment leur calendrier.

2. Le Bouddhisme

Le bouddhisme est considéré soit comme une religion soit comme une philosophie. Son origine se trouve en Inde et remonte au Vème siècle avant Jésus-Christ. Elle fait suite à l’éveil de Siddhartha Gautama considéré comme le bouddha historique.

Le bouddhisme présente un ensemble de pratiques méditatives, de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques et cosmologiques, abordées dans la perspective de l'éveil.

Le but du bouddhisme est l'éveil, par l'extinction du désir narcissique et de l'illusion, causes de la souffrance de l'homme. L'éveil dans le bouddhisme Theravada passe par la compréhension et la réalisation des quatre « nobles vérités » :

1. Toute vie implique souffrance et insatisfaction.
2. La souffrance repose sur le désir et les attachements.
3. La fin de la souffrance est possible.
4. Le chemin menant à la fin de la souffrance est la voie médiane, qui suit le noble chemin octuple (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme).

Il s'agit de se réveiller du cauchemar des renaissances successives de la croyance bouddhiste. L'homme éveillé atteint le nirvana (l'illumination) et échappe à la souffrance lors de sa mort : le cycle des renaissances et des morts est brisé.

L'éveil dans le bouddhisme Mahayana est en rapport avec la sagesse et la prise de conscience de sa propre nature de bouddha.

Les quatre incommensurables correspondent à des conduites ou sentiments pieux susceptibles d’être développés indéfiniment. Ils sont cultivés dans l'intention de mener à l’éveil, à la libération ultime et à la renaissance dans le monde céleste de Brahma.

Il s'agit d'émotions positives à développer sans cesse:
1. La bienveillance développée par la pratique de la méditation.
2. La compassion: rencontre de la bienveillance et de la souffrance d'autrui, développée par la méditation.
3. La joie sympathique qui consiste à se réjouir du bonheur d'autrui.
4. La tranquillité qui est un état de paix face à toute circonstance, heureuse ou triste.

3. Le zen

Le mot zen (prononcé chan en mandarin) signifie méditation silencieuse. Le zen est une branche du bouddhisme Mahayana qui insiste sur la méditation à partir de la posture assise dite zazen. Celle-ci correpond à la posture de méditation de Siddhartha Gautama lorsqu'il obtint l'éveil sous l'arbre de la Bodhi.

La légende sur l'origine de la tradition zen remonte à un sermon du Bouddha Shakyamuni. Lors de celui-ci, sans explication, « il se contenta de cueillir une fleur. Aucun disciple n'aurait compris le message, à l'exception de Mahakashyapa, qui aurait souri au Bouddha. Ce dernier lui aurait alors dit qu'il lui avait transmis son trésor spirituel le plus précieux ». C'est une préfiguration de la description du chan de Bodhidharma : « pas d’écrit, un enseignement différent, qui touche directement l’esprit pour révéler la vraie nature de bouddha ».

Dans la lignée de Mahakashyapa, Bodhidharma, vingt-huitième patriarche indien, serait venu en Chine autour de 520. Sa doctrine est le point de départ du bouddhisme en Chine. Sa méthode, inspirée du yoga, a pour objectif d’acquérir une bonne forme physique et de parvenir à l’union entre l’esprit et le corps. L’originalité de sa démarche est la recherche d’un état spirituel par la pratique des arts martiaux.

Zen et Gichin Funakoshi

Gichin Funakoshi a sans aucun doute contribué au rapprochement entre le Karaté et le zen. Ainsi, il a modifié le sens du kanji kara de karaté. Kara ne signifie plus de chine mais vide (au sens bouddhiste). Le vide dans le sens bouddhiste ne signifie pas "rien". Le vide est état d'esprit.

Pour Funakoshi et ses maîtres, le karaté n'est pas un simple sport de combat ou une méthode de défense. A ses yeux, le karaté a pour objectif l'accomplissement de l'homme sur le plan physique et spirituel. Le karaté doit permettre d'améliorer le caractère et le contrôle de soi.

Parallèlement, Funakoshi a œuvré à l'intégration du karaté dans la famille des budo fortement influencé par les valeurs de la société japonaise. Dans la famille des arts martiaux japonais, quelques soit la discipline, on recherche l'accomplissement de la personnalité en harmonie avec le monde et la nature.

Zen et bushido

Bushido signifie la voie du guerrier. Il s'agit du code d'honneur des samouraïs influencé au fils du temps par trois courants de pensées: le zen, le shintoïsme et le confucianisme.
Ce code d'honneur inclut les vertus du samouraï: la sincérité, la bonté, la bienveillance, la modestie, l'humilité, le sens de la justice et de l'honneur, le courage et le mépris de la mort, la pitié, la politesse, le respect, la droiture, le contrôle de soi, la loyauté envers son seigneur et l'honneur de son nom et de son clan.

Dans le milieu militaire japonais, le zen se présente comme un entrainement mental prônant simplicité droiture et courage. Par ailleurs, la recherche de la perfection et de l'unité entre le corps et l'esprit détaché, libéré de toute passion inutile peut s'avérer très utile sur le champ de bataille.

Dans cette conception, les exercices martiaux permettent de gagner en maîtrise physique et mentale. Le combattant fait l'expérience du zen, lorsqu'il est capable de participer pleinement au combat de façon "détachée". Il doit être à l'écoute, vigilant et concentré sans se laisser envahir par des pensées ou des émotions.

Parallèlement au développement des armes modernes, le rôle des samouraïs dans la société japonaise a perdu de son importance. Le bushido s'est alors transformé, sublimer. Ainsi de l'art de la guerre et du jiu jitsu pure et dure, on est passé au judo, à l'aikido, au karaté moderne,… et à l'art de vivre.

En conclusion

La relation entre karaté et zen trouve donc ses racines à plusieurs niveaux:
1. L'influence du bouddhisme sur la culture et les budo japonais.
2. L'influence de Bodhidharma sur les arts martiaux.
3. La vision du rôle éducatif, social et moral du karaté par Gichin Funakoshi et ses maîtres.
4. L'importance de l'entraînement physique mais également mental en combat.